Créer son potager en permaculture 12/17

Le module qui suit est extrêmement important, car nous y dévoilons les méthodes permettant, à partir d’une prairie, d’arriver à une terre cultivable. Nous rentrerons ici dans les détails pour la réalisation de vos planches et autres supports de culture. 😊

NB : ces différentes techniques sont valables si vous choisissez de réaliser un potager à plat, à même le sol enherbé. Si vous choisissez le potager surélevé, les buttes, ou les lasagnes, la terre qui formera vos planches sera en l’état cultivable !

Bonne lecture ! 

Module n°12 : comment arriver à une terre cultivable

Pour arriver à une terre cultivable, plusieurs solutions sont possibles.

La méthode lente : l’occultation par bâche ou par paillage

Un des plaisirs du jardinage biologique sans travail du sol est d’arriver à un sol prêt à planter avec le moins d’efforts possible.

C’est pourquoi la technique de l’occultation est notre méthode favorite. En plus de ne nécessiter que peu de travail, c’est la plus écologique !

Voici en quoi elle consiste.

Une plante a besoin, pour vivre, de lumière et d’eau. Si vous lui enlevez une des deux, elle va mourir. L’occultation consiste donc à priver les plantes de lumière pour les faire mourir et se décomposer. En résultera un sol propre, exempt d’adventices dans lequel vous pourrez directement planter ou semer !

Comment occulter ? Le mieux est de commencer 1 an en avance. Pour « tuer » une prairie et avoir un sol prêt à planter/semer, il faut l’empêcher de voir la lumière pendant 8 mois minimum en période poussante (de mars à octobre). Si vous occultez pendant une période plus courte, il est probable que certaines plantes résistent et repartent de plus belle, comme le liseron qui se fera une joie de venir tout recoloniser rapidement. Et parfois, même après un an, le liseron est encore présent…

Pour ce dernier, il faudra d’ailleurs s’armer de courage pour s’en débarrasser dans les zones potagères. Certaines personnes ont donc décidé de jardiner avec lui. Cela peut fonctionner, tout dépend de la force du liseron.

Pour occulter, il y a plusieurs façons de faire : avec de la paille, du foin, de la tonte, du fumier, des planches, des bâches tissées maraichères (photo ci-dessus), ou même des bâches d’ensilage.

Les bâches d‘ensilage

C’est l’option la plus efficace de toutes, mais elle fait rentrer le plastique dans l’équation, ce qui n’est pas au goût de tous et c’est compréhensible !

Pourtant, il s’agit d’un déchet puisqu’elles peuvent être récupérées directement chez un paysan qui ne s’en sert plus !

Les bâches tissées maraîchères

Les bâches tissées maraîchères fonctionnent très bien, bien qu’un peu moins efficaces que les bâches d’ensilage.

Bien entretenues, elles peuvent durer une vingtaine d’années. C’est une bonne alternative pour réaliser des cultures avec peu d’entretien. De plus, si l’on fait le bilan carbone de ces bâches, elles ne sont pas si polluantes que ça, compte tenu des allers-retours en voiture qu’il aurait fallu faire pour acheter les légumes produits, et le coût carbone de la production de ces légumes ! Tout est question de compromis…

La matière organique

Pour une première occultation, le foin ou la paille ne suffiront pas toujours à tuer toutes les vivaces coriaces. Sauf si vous mettez le paquet : 20/30 cm minimum ! Si vous choisissez cette option, il sera nécessaire de désherber vous-même ces quelques vivaces restantes. Vous pourrez aussi décider de les laisser vivre, mais certaines vivaces concurrencent énormément les légumes. Vos récoltes pourraient alors être impactées. C’est à vous de voir ! Les vivaces, bien maîtrisées, peuvent servir à produire du paillage que l’on fauche régulièrement. La plupart sont d’ailleurs comestibles ! 

Ce qui vous passe sous la main

La permaculture, c’est aussi faire avec ce qui est disponible !

Bill Molisson et David Holmgrem, les pères fondateurs de la permaculture, conseillent, dans cet état d’esprit, d’utiliser toutes sortes de matériaux disponibles pour occulter et protéger : de vieux jeans en passant par des matelas, des vieux tapis… Tout est bon pour occulter le sol, à moindre coût !

 

Les méthodes rapides

Le labour

Évoquer le labour dans une formation qui prône la permaculture ? Quelle drôle d’idée !

Le labour est effectivement une technique très agressive pour le sol et la vie qui s’y déroule. Cette méthode consiste à retourner la terre pour créer un lit de semence propre, sur lequel on peut cultiver directement. En agroécologie, le labour est une aberration : il détruit la vie du sol, il est polluant et il va à l’encontre des principes de travail minimal du sol que nous prônons.

Cela dit, labourer la première année peut vous faire gagner du temps si vous êtes pressé ou que votre sol, extrêmement compacté, risque de mal réagir à un apport important de matière organique. C’est ce que sont amenés à faire certains maraîchers professionnels, même ceux qui ne travaillent plus leur sol par la suite. C’est à vous d’en juger, mais sachez que labourer une fois un terrain n’est pas très préjudiciable. Privilégiez tout de même un labour relativement peu profond : 10/15  cm suffisent largement. Après quelques années, tout sera rentré dans l’ordre et votre sol ne s’en souviendra plus !

N’hésitez pas à réaliser vos propres tests : démarrer une parcelle de potager avec du paillage, d’autres avec du compost, du BRF, avec un sol travaillé la première année ou non, etc. Vous verrez ainsi ce qui fonctionne le mieux chez vous, et vous saurez comment vous y prendre pour agrandir votre potager par la suite.

Si vous vivez en milieu rural, un agriculteur du coin, ou une connaissance qui dispose d’un motoculteur peut vous aider à lancer votre potager. Les années suivantes, grâce au paillage et à une gestion continue de votre potager, vous n’aurez heureusement plus besoin de labourer.

Certains d’entre vous risquent de grincer des dents en lisant ce paragraphe, mais c’est une option qu’il est important de mentionner. Elle peut parfois faire gagner du temps ou économiser le dos et la santé de certains d’entre nous. Encore une fois, le labour est une aberration écologique si l’on y a recours tous les ans, et profondément. Si on l’utilise consciemment, une seule fois pour démarrer par exemple, ce n’est pas un drame.

La tolérance et l’empathie font aussi partie de la permaculture : ne pas rejeter avec violence, jusqu’à créer des clivages, pour « non-respect d’une éthique définie ». Il est important d’accepter et de comprendre que selon les contextes de chacun, des méthodes plus ou moins « permacoles » peuvent être employées pour des raisons qui appartiennent à ceux qui les mettent en œuvre. L’important est de prendre conscience de la nécessité de rentrer dans une démarche d’amélioration de ses pratiques. Chacun d’entre nous, selon son expérience et son ressenti, intègrera peu à peu de nouveaux réflexes bénéfiques pour l’ensemble du vivant. En attendant, la tolérance envers ceux qui font tendre leurs pratiques vers du mieux est de mise !

L’objectif, à terme, est bien évidemment le non-travail du sol, pour se diriger vers le cercle vertueux de l’agroécologie.

Mais au fait, pourquoi le labour est-il si néfaste ? 

Le labour est une pratique ancienne dans l’Histoire de l’agriculture.

La profondeur de labour évolue avec les siècles, mais il consiste à retourner les premiers centimètres de sol pour enfouir les herbes indésirables et créer un lit de semence propre, prêt-à-semer.

Vue de loin, cette pratique paraît vertueuse : en peu de temps, le sol est propre et peut accueillir nos végétaux. Mais en réalité, c’est une catastrophe : une partie des vers de terre est tuée lors d’un labour profond. Le labour détruit aussi en partie les réseaux mycorhiziens présents dans le sol (les champignons qui aident vos plantes à se nourrir, se protéger des agressions, et même communiquer entre elles en formant une toile d’araignée géante). Heureusement, ces réseaux peuvent se reconstituer en quelques mois si on ajoute de la matière organique favorable aux champignons (paille, BRF, broyat de végétaux).

Le labour a également comme conséquence néfaste de déstructurer le sol, et de le rendre parfois imperméable à l’eau, ce qui provoque de l’érosion, et par conséquent une pollution des cours d’eau et une perte de fertilité.

Pour finir, le labour rejette des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. En effet, lors d’un labour, on oxygène le sol un maximum. Cela a pour conséquence de stimuler fortement l’activité microbienne du sol : les bactéries s’agitent et minéralisent la matière organique présente dans le sol. En résultera, durant les mois qui suivent, un relargage massif d’éléments nutritifs dans le sol. Cela peut sembler parfait pour les plantes qui auront de quoi se nourrir, mais les bactéries, en respirant, auront relâché une quantité importante de CO² dans l’atmosphère. De plus, si ces éléments nutritifs ne sont pas mobilisés par les plantes poussant sur le sol, ils seront lessivés et se retrouveront dans les nappes, les cours d’eau… 

En revanche, un sol en bonne santé, vivant et suffisamment nourri peut stocker entre 150 et 400 kilos de carbone par hectare et par an sous nos latitudes (jusqu’à 2,5 tonnes en milieu tropical !). Ce serait dommage de s’en priver ! Quand on sait que la surface cumulée des jardins des Français représente environ 1 million d’hectares, on comprend que nous, simples particuliers, pouvons devenir un réservoir à carbone de poids ! 

Les buttes et les lasagnes

Elles permettent en effet de cultiver très rapidement sur l’emplacement voulu : on creuse un peu le sol pour récupérer de la terre, on empile notre matière organique et on finit par la couche de terre ou de compost qui permet de semer directement !

La culture sur prairie

Cette méthode est la plus rapide : réalisée directement sur prairie, à l’aide de bâche ou de matière organique. Avec cette méthode, vous avez un bout de gazon le matin, et des pieds de tomates en train de pousser l’après-midi ! Pratique pour les potagers de dernière minute. Cette méthode peut aussi être réalisée avec une bâche. On perce des trous dans la bâche, et on plante. Mais il faudra veiller à bien fixer la bâche : le moindre mouvement peut alors scalper les plants. 

Pour d’autres informations, nous vous conseillons de visionner cette vidéo réalisée par Damien Dekarz.
Damien, au travers de sa chaîne, a déjà expliqué de nombreuses choses sur la permaculture et le potager, le verger, etc. Nous vous conseillons de dévorer toutes ses vidéos si vous êtes débutant, cela va vous aider !
 
Pour conclure sur ce chapitre, vous savez maintenant comment créer une zone de culture, à partir d’un gazon ou d’une prairie. Si vous n’êtes pas pressé, les techniques d’occultation sont celles qui nécessitent le moins d’efforts physiques. Si vous êtes pressé, un peu d’huile de coude sera nécessaire, mais c’est tellement un plaisir de récolter ses propres légumes que vous oublierez rapidement l’effort fourni !
 
Nous espérons que ce module vous sera utile ! Si vous avez des questions, n’hésitez pas à les poser, comme d’habitude ! 😊   

11 Commentaires

  1. Bonjour Guillaume.
    Comme toujours ce module est vraiment apprenant. C’est très précieux. Alors déjà, merci.
    J’aimerais vous poser une question : est-ce qu’on peut, afin d’amender le sol, mettre de la tonte, de la paille, un peu de bois etc… puis recouvrir le tout d’une bâche afin d’éviter la pousse d’adventices ? Ça fait beaucoup mais je suis déterminée mais à condition de ne pas être contre productive ou de maltraiter la terre ? Pouvez-vous me dire si c’est bon ou pas bon ? Ne me dites pas la paille, la tonte suffiront car nous le savons, les adventices seront plus fortes d’autant plus que le liseron aime mon potager ! Je vous remercie de votre réponse.

    Réponse
    • Bonsoir et merci pour ce retour !! Très sympa 😀
      Oui, votre technique fonctionne très bien, surtout si vous avez des vivaces compliquées. J’ai vu ça dans des fermes, et j’ai pratiqué également : tomates, choux, patates douces, courges… Je déposais alors 5/10 cm de matière organique, la bâche tissée par dessus et les rendements étaient au rendez-vous. Cela dit : évitez les bâches d’ensilage, à moins de pouvoir arroser par en dessous (avec un goutte à goutte par ex); préférez les bâches tissées qui laissent bien passer l’eau. La bâche d’ensilage désherbe mieux en revanche, mais plus difficile de faire pénétrer l’eau. Alors on peut l’utiliser : en hiver après de grosses pluies, et la retirer au printemps par exemple. On peut aussi l’utiliser en pleine été pour “cuire” les adventices : une semaine de grosses chaleurs avec une bâche d’ensilage posée sur le sol et les adventices présentes vont prendre un sacré coup…! Cela dit ca ne tuera pas le sol : les habitants descendront “à la cave”, c’est à dire à 5/10 cm sous la bâche, là où la température est plus clémente 🙂
      Ai-je bien répondu à vos questions ?
      Belle soirée à vous !
      Guillaume

      Réponse
  2. Bonjour Guillaume
    Encore un module avec des explications simples et efficaces. Ce qui me frappe le plus et spécialement sur ce module c’est votre bienveillance et ouverture d esprit vis à vis de certaines pratiques pas toujours très permacoles comme le labour et vous expliquez très bien pourquoi . J aime beaucoup cet état d esprit . Merci à vous

    Réponse
    • Merci beaucoup pour ce retour 🙂 effectivement, mieux vaut être dans la compréhension que dans le jugement !

      Réponse
  3. Moi qui pestais au sujet de la tente de mon fils installée depuis le mois d’avril là où j’aurais pu planter quelque chose ; je crois que je vais finalement la laisser en place jusqu’en octobre ! Occultation garantie et futur emplacement de potager à moindre effort 🙂 !

    Réponse
  4. J’avais découvert la bâche d’ensilage lors d’une porte ouverte dans une ferme bio.
    J’ai reproduit cela dans mon jardin sans en connaître vraiment l’utilité à part la destruction des adventices.
    Ce module m’a appris et réconforté dans ma démarche. Comme Sophie ci-dessus, ce module va me servir pour l’année prochaine.
    Merci encore Guillaume car je prends beaucoup de plaisirs par le biais de ces modules.

    Réponse
    • C’est super ! Bien content que ça vous soit utile 🙂
      La bâche c’est vraiment bien pour s’éviter des efforts physiques. Vous nous tiendrez au courant des résultats !

      Réponse
  5. Bonjour Guillaume, la culture sur prairie, je n’y crois pas trop, car quand l’herbe pousse on ne doit plus retrouver nos légumes… Par contre j’ai envie de tenter la culture de pommes de terres directement sur l’herbe et ainsi de pouvoir planter derrière du quinoa par exemple… Qu’en pensez vous ?

    Réponse
    • La clé de cette méthode réside dans l’épaisseur de paillage que l’on met. à partir de 20/30 cm de paillage, l’herbe a beaucoup de mal à ressortir. Mais c’est vrai que les résultats ne sont pas aussi bon que dans une terre préalablement désherbée.
      Pour les pommes de terre, ca fonctionne très bien. N’hésitez pas à poser vos pdt, et les recouvrir de compost (deux trois pognées par plant pour les recouvrir).
      Bonne journée ! 🙂

      Réponse
  6. J’ai découvert la technique de la bâche plus un apport de matière organique avec les vidéo de la ferme de Cagnolle.
    Cette année avec le confinement nous n’avons pas pu mettre de matière organique, nous avons juste posé des bâches maraîchères, et planté au bout de quelques semaines…nous le ferons cet automne avec bon espoirs de préparer une zone correcte de culture…ça reste une solution bien séduisante si on ne veut pas s’épuiser à la tache et que l’on est pas trop pressé…

    Réponse
    • Effectivement, c’est une très bonne solution ! En tout cas, je la soutiens; même si certains verront le plastique d’un mauvais oeil… Finalement nos légumes de supermarché poussent déjà sur du plastique pour la plupart, alors bon, en utiliser un peu au jardin c’est pas très grave compte tenu de l’économie en pétrole qu’on réalise par ailleurs. Un jour, de nouvelles solutions verront le jour…
      Ca va être compliqué la fin du pétrole si l’on ne trouve pas rapidement une solution !

      Réponse

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