Créer son potager en permaculture 7/17

Bonjour à tous !

Aujourd’hui, nous savons ce qu’est un sol et nous savons comment connaître et améliorer sa fertilité. Dès lors, et si nous commencions à réfléchir à la mise en place de notre potager ? Dans ce troisième grand thème, nous aborderons le thème des ressources qui nous semblent primordiales à gérer pour construire notre système potager.

Abordons aujourd’hui la gestion d’une ressource qui a toute son importance dans un potager géré grâce au non-travail du sol : la matière organique !

Bonne lecture !

Module n°7 : la matière organique

 

Dans ce module, nous abordons enfin en détail le sujet de la matière organique, matériau indispensable dans un jardin permacole ! 😊  

La comprendre 

Les matières organiques sont incontournables dans un jardin, car, en se décomposant, elles vont agrader le sol en augmentant le taux de matière organique de ce dernier.

Il existe deux principaux types de matière organique :

  • Les matières à tendance carbonée (le bois, la paille, …)
  • Et les matières à tendance azotée (la tonte de gazon, les orties, les produits d’origine animale, etc).

Dans le tableau ci-dessous, découvrez quels types de matière sont carbonés, et quels types sont azotés. Les valeurs sont indiquées en C/N : rapport carbone/azote (N = nitrogen, azote en anglais !). Un rapport carbone azote de 100 par exemple, signifie qu’il y a 100 molécules de carbone pour 1 molécule d’azote.

En dessous d’un rapport carbone azote de 20, on dit que la matière est plutôt azotée. Par exemple, le sang, avec 2 molécules de carbone pour 1 molécule d’azote, est une matière très azotée.  Au-dessus d’un rapport de 25-30, on dit que la matière est plutôt carbonée.

Photo : https://www.compostage.info/

 Au jardin, la présence des deux types de matières est importante.

 

Rechercher l’équilibre entre les matières organiques

 

Pour mieux comprendre la différence entre matière carbonée et matière azotée, on dit souvent que les matières carbonées sont les matières de couleur « brune » et les matières azotées les matières de couleur « verte ». C’est un bon indicateur, et même si la réalité est un peu plus complexe, vous vous assurez de ne pas trop vous tromper en suivant ce conseil. Le tableau ci-dessus est nettement plus précis !

On cherche effectivement à équilibrer l’apport en matières carbonées et azotées afin de ne pas créer de déséquilibre.

En effet, matière azotée et matière carbonée ont des effets différents sur le sol et la vie qu’il héberge : trop de matière azotée peut rendre vos plantes plus fragiles, en raison d’un excès d’azote, tandis que trop de matière carbonée peut empêcher vos plantes de pousser, à cause notamment du mécanisme de « faim d’azote ».

Voici en quoi consiste ce mécanisme : pour décomposer le carbone, la vie du sol a besoin d’azote. Si vous ajoutez trop de matière carbonée d’un coup, les organismes vivants du sol vont mobiliser beaucoup d’azote les premiers temps, afin de commencer à décomposer cette matière. Il n’en restera donc plus assez pour vos légumes, qui auront du mal à pousser ! Par la suite, l’azote mobilisé sera restitué (car les organismes finissent par mourir et restituer l’azote mobilisé), mais vous aurez perdu du temps de croissance !

Prudence donc sur vos apports, n’ayez pas la main trop lourde ! Une bonne façon de s’affranchir du risque de faim d’azote est d’épandre vos matières carbonées en début d’automne la première fois, ainsi la faim d’azote sera quasiment terminée lorsque les planches de cultures recevront les premiers légumes de printemps/été.

Pour ce qui est des matières azotées, le déséquilibre est plus difficile à atteindre. Certaines personnes paillent avec de la consoude ou des orties (des matières azotées) depuis des années sans avoir de maladies particulières. Ce qui pourrait créer un déséquilibre serait de pailler uniquement à la fiente de poules par exemple, ce qui est assez difficile en pratique !

Rentrons désormais plus en détail dans les fonctions et effets des deux types de matières.

 

Les effets des matières organiques sur le sol et les plantes

Les matières carbonées vont avoir tendance à produire de l’humus stable en bonne quantité, ce qui va améliorer votre sol sur le long terme : celui-ci aura une meilleure rétention d’eau et de nutriments pour vos cultures. Le carbone, en améliorant la structure et la texture de votre sol, vous permettra en quelques années de passer par exemple d’un sol argileux, lourd et difficile à travailler, à un sol fait de terreau léger et meuble. Au contraire, le carbone alourdira un sol sableux et trop léger, pour le rendre davantage fertile !

Par ailleurs, les matières carbonées stimulent l’activité des champignons dans votre sol. Nous avions vu en début de formation l’importance des mycorhizes. Vous comprenez alors pourquoi il est important d’offrir du carbone à votre sol !

Les matières azotées, elles, ont des effets différents. En raison de leur faible teneur en carbone, elles vont se dégrader rapidement et libérer des éléments nutritifs dans le sol pour vos légumes. Elles auront moins d’effets sur votre sol. Leur fonction principale est de stimuler l’activité bactérienne de votre sol et nourrir vos plantes.

Pour résumer :

Matière carbonée = nutrition du sol

Matière azotée = nutrition des plantes

Foin ou paille pour le potager ? 

Les adeptes du foin vous conseilleront le foin, même chose pour la paille…!

• Le foin est plus riche, plus nutritif, car il est composé de nombreuses plantes. Son rapport C/N est plus faible mais il contient tout de même du carbone en quantité : il va nourrir plus rapidement le sol, et donc plus vite vos plantes. En contrepartie, il se décomposera plus rapidement. Par ailleurs, le foin limite le risque de faim d’azote. 

• La paille, elle, est plus riche en carbone : elle va nourrir davantage votre sol, et notamment les champignons. Elle se décomposera moins vite, ce qui en fait un très bon paillage, plus durable. Nous avons utilisé les deux au jardin, et s’il fallait choisir, nous prendrions le foin. Néanmoins, c’est à chacun de faire selon ses envies, et surtout selon ses possibilités ! 

Dernier point : le foin est plus souvent bio, contrairement à la paille. 

 

Des questions subsistent ? Posez-les-nous en commentaire !

Pour aller plus loin, n’hésitez pas à visionner cette vidéo réalisée par Damien Dekarz. 

S’en procurer

Vous connaissez désormais l’importance de la matière organique dans un jardin en permaculture. Mais comment se procurer toutes ces matières ? Nous vous livrons quelques pistes !

Récupérer ou acheter de la matière organique

De nombreuses sources de matières organiques sont généralement disponibles autour de nous :

  • La paillele foin, sont trouvables dans les fermes alentour, ou dans les coopératives agricoles.
  • Les feuilles mortes sont présentes en abondance à l’automne, dans notre jardin, celui des voisins, dans les espaces publics. On peut directement poser la question aux employés de mairie présents sur un chantier et leur demander de récupérer les feuilles ou le broyat de végétaux.
  • Les plateformes de compostage sont présentes presque partout sur le territoire et fournissent parfois gratuitement du compost aux particuliers. On peut aussi parfois récupérer les broyats de végétaux qui n’ont pas encore été compostés.
  • Le compost mûr se trouve facilement dans les déchetteries des collectivités. Il est souvent gratuit, payant parfois : comptez entre 5 et 30 euros la tonne. Au-delà de ce prix, essayez de chercher un autre prestataire, car cela va vous revenir cher, à moins que votre jardin ne fasse que quelques dizaines de mètres carrés.
  • Les entreprises de travaux en espaces verts : certains sont encore enclins à donner gratuitement la ressource, même si une bonne partie a pris conscience aujourd’hui de la valeur de ces déchets. Ils peuvent ainsi céder leur broyat contre de l’argent, mais le prix ne doit pas être excessif.
  • Les scieries : elles sont pleines de matière organique ! En effet, les déchets produits par l’écorçage des grumes peuvent être récupérés, ainsi que la sciure (oubliez la sciure résultant de l’utilisation de chaînes de tronçonneuses lubrifiées à l’huile minérale, très nocive pour les micro-organismes et polluante pour l’eau). Il faudra par contre équilibrer l’apport de ce type de paillage en rajoutant de la matière azotée pour éviter la faim d’azote.
  • Les centres équestres: ils sont souvent heureux que l’on vienne nettoyer les box, en échange de récupérer le fumier pailleux qui s’y trouve.
  • En dernier recours, les bâches tissées maraîchères peuvent être d’une grande aide pour lutter contre les adventices vivaces. Cependant, elles n’agradent pas votre sol et sont en plastique…

En somme, les sources d’approvisionnements sont nombreuses, mais plus simples à trouver à la campagne.

Si la ressource paillage est difficile à trouver, peut-être devriez-vous commencer par un potager classique, tout en déposant directement vos restes de cuisine et de culture sur le sol, et en cultivant des couverts végétaux pour améliorer le sol. Nous avons rédigé un guide des engrais verts, disponible en téléchargement à l’avant dernier module. 

Tout est question de contexte ! Ne vous privez pas de créer un potager si vous n’avez pas de paillage. Vous pourrez régler cette problématique plus tard. Le paillage n’est qu’un outil pour gagner du temps et améliorer le sol.

 

Produire sa propre matière organique

Enfin, nous vous encourageons fortement à prendre les choses en main dès la première année en produisant votre propre paillage grâce à vos haies ou à l’installation de plantes dédiées à la production de paillage, comme la consoude ou le miscanthus. Nous avons rédigé un article sur le sujet, disponible ici.

Néanmoins, pour produire soi-même son paillage, il faut de la place et de la patience. Si votre jardin fait moins de 40 m², vous pourrez en produire une partie, mais il sera plus intéressant d’en trouver ailleurs pour privilégier l’espace utilisé pour la culture de vos plantes potagères. En effet, il est couramment admis que pour environ 40 m² de potager, il faudra environ 60/70 m² pour produire le paillage nécessaire à pailler les 40 m². Ainsi, multipliez par 1,5 votre surface cultivée pour connaître la surface nécessaire à la production de paillage !

Ceci est bien sûr approximatif : un sol fertile produira davantage de paillage qu’un sol infertile par exemple. Autre exemple : un sol argileux nécessitera peut-être moins de paillage qu’un sol sableux, car il retient mieux l’eau.. Un sol très vivant digère le paillage plus vite qu’un sol avec moins de vie… Vous l’aurez compris : tout dépend du contexte ! 

 

Cette planche est à moitié autonome en paillage. Nous devons rajouter des feuilles mortes pour couvrir le sol. Ici, nous avions ajouté 15 kg de compost au mètre carré pour agrader rapidement le sol.

Alors, comment allez-vous vous fournir en matière organique ? 😀 N’hésitez pas, comme d’habitude, à réagir et à nous poser vos questions en commentaire !

A demain !

10 Commentaires

  1. Merci Guillaume
    Pas facile en région parisienne…
    Je prends les modules en route car débordée par le chantier solidaire.
    Je vais tout lire car on tellement peu dee temps qu’ on se lance sans savoir trop…

    Réponse
  2. Bonjour Guillaume, j’adore cette formation, merci pour ces lectures enrichissantes, je nai pas reçu le module 6 ,nous sommes passés du 5 au 7 , bonne soirée et encore merci.

    Réponse
  3. Ce module me donne encore plus envie de retourner ramasser du foin sur le bord de routes !
    Je constate que le paillage est d’autant plus important en ce moment avec ces températures élevées !
    Module très intéressant !
    Merci Guillaume,

    Réponse
    • faut pas hésiter ! La meilleure matière est la plus proche et la moins chère !

      Réponse
  4. Merci Guillaume, simple, clair et concis. Paillons gaiement avec tout ce qui nous tombe sous la main !

    Réponse
    • exactement 😀

      Réponse
  5. Le principe de tout écosystème, le bon équilibre !! J’essaye de bien doser depuis 3-4 ans et mes plantes apprécient…
    Merci pour ces modules didactiques et pédagogiques, prônant les bons réflexes !!
    merci pour ce partage de connaissances et votre engagement !!
    PS: je ne reçois plus le mail, même en spam, mais je retrouve vos modules sur la page Facebook.
    Bon week-end prolongé !!

    Réponse
    • Super ! Merci pour ce retour 😉

      Étrange… on a pleins de bugs avec ces mails, c’est chiant… On paie pourtant ce forfait assez cher…
      Le plus simple est de venir tous les matins sur le groupe Facebook. Pour la prochaine session, j’enverrai tout le contenu d’un coup je pense. Ce sera plus simple !

      Réponse
  6. merc pour ce module complet, qui m’apporte un nouvel èclairage.
    Don, si je comprends bien: chaque autome quand je recouvre mes zones de cultures avec les feuilles mortes c’est bon pour le sol.

    Réponse
    • tout à fait 🙂 Les feuilles mortes ont seulement un petit inconvénient : au printemps si on réalise des semis ils ont tendance à être recouverts par les feuilles… depuis je dépaille bien autour du semis pour pas avoir à repasser tous les jours !

      Réponse

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