Article issu du numéro 4 de la revue des lecteurs, disponible dans les archives !

L’utilité des haies persistantes.

Les haies sont très utiles pour le jardinier. Elles procurent de l’ombre, enrichissent le sol, produisent du paillage, accueillent des auxiliaires de culture, et parfois, nous cachent du voisin…
Sur ce dernier point, c’est souvent la déception quand, arrivé l’automne, la haie se dépouille de ses feuilles et met notre jardin à la vue de tous. Pour certains ce n’est pas un problème, mais d’autres préfèrent garder leur intimité toute l’année !
C’est pour cela qu’aujourd’hui les jardins sont très fréquemment parés de haies de cyprès ou de laurier cerise, des végétaux persistants qui nous protègent des regards en toutes saisons.


Cependant, ces végétaux ne sont utiles que pour cela…
Bien que certains oiseaux y fassent leurs nids, nous y croisons rarement des insectes… D’un point de vue écologie et utilité pour le potager et l’écosystème qui l’entoure et le compose, le bilan est, nous pouvons le dire, médiocre.
Pourtant, avec un peu de réflexion, nous pouvons tout à fait faire de notre haie persistante une haie à la fois vectrice de biodiversité, mais également nourricière si notre climat le permet !

[Cette réflexion sur la biodiversité et l’utilité de chaque plante dans votre potager est au cœur d’un design en permaculture. Pour répondre à un besoin quelconque de l’habitant du lieu, ici se cacher du voisin, il est possible de réfléchir plus globalement, et de se questionner sur la façon de remplir ce besoin tout en favorisant les autres êtres vivants autour de nous.
On peut également se questionner sur l’utilité de la haie : dans un projet de haie de cyprès, elle va servir presque uniquement à cacher la vue, tandis qu’une haie composée de végétaux plus utiles va remplir d’autres fonctions : production fruitière, production de nectar, production d’un BRF de qualité, hébergement d’insectes, apport d’azote dans le sol, etc.]

En effet, de nombreux végétaux fruitiers ont un feuillage persistant. Leur seul inconvénient est souvent leur croissance, très lente. Mais si nous souhaitons nous accommoder au rythme de la nature, nous accepterons ce désavantage en voyant notre objectif, année après année, être progressivement atteint. En attendant, vous pourriez investir dans des palissades ou des filets, afin de cacher provisoirement la vue.

Par ailleurs, ne vous bercez pas d’illusions : n’imaginez une récolte abondante de fruits délicieux sur une haie persistante. Quelques-uns sont intéressants, mais pour certains, un climat adéquat sera indispensable à la fructification. Ainsi, si vous habitez dans un climat froid et peu propice aux cultures « exotiques », il est peut-être préférable d’installer une haie classique, persistante ou non, mais avec des essences variées, ou bien une haie champêtre, utile à la biodiversité.

Dans ce cas, tant pis pour la vue dégagée en hiver : pourquoi pas l’occasion de nouer des liens avec vos voisins… ?! Vous pourrez néanmoins installer au pied de cette haie de nombreux petits fruits ou lianes fruitières.
Nous avons également des végétaux fruitiers intéressants qui se cultivent quasiment partout : l’arbousier, l’argousier, et les eleagnus. Nous vous en parlons ci-dessous.

Qui sont ces végétaux persistants et fruitiers ?

Il en existe de nombreux, qui produiront si votre climat le permet. En dehors de ces climats, vous aurez la possibilité d’admirer leur floraison, et peut-être dans quelques années certains fruits… En effet, le réchauffement climatique étant inévitable, il est probable que nos climats évoluent et avec eux, les comportements des végétaux que nous y avons implantés.


•Le feijoa, ou Goyavier du Brésil. Cet arbuste mesure de 2,5 m à 6 m selon les climats et les sols et produit des fruits ovoïdes de 5 à 10 centimètres.

Sa croissance est lente, mais il vous offrira une floraison magnifique et des fruits si vous êtes dans la moitié sud de la France (néanmoins, si vous vivez dans la moitié Nord, n’hésitez pas à tester).

Afin d’avoir une meilleure pollinisation, nous vous recommandons de cultiver deux variétés différentes. Pour info, la pépinière Sebtan près de Montauban vend des feijoa « en duo » : on trouve alors deux variétés dans le même pot, pratique !

•Le kumquat : si vous êtes dans un climat où il ne gèle presque pas, cet arbre est fait pour vous ! Il résiste tout de même à -10 degrés une fois bien installé, mais il perd alors ses fruits. Vous pouvez le cultiver dans la zone dite « de l’oranger ».
D’ailleurs, si vous y vivez, vous pouvez tout à fait utiliser l’oranger en haie fruitière !


•Arbousier : un arbuste parfait pour créer une haie fruitière. On transforme ses fruits, les arbouses, en gelées ou en confitures. Consommées crues, les baies ne sont pas très goûteuses, mais certains les apprécient !
L’arbousier croît lentement mais surement, et protège très bien de la vue.
Vous pouvez le cultiver quasiment partout, mais ses fruits ont besoin d’un automne doux pour arriver à maturité. En région froide et humide, l’arbousier peut être fréquemment attaqué par des maladies, et vous n’aurez pas de fruits. Sa floraison est tout de même jolie et mellifère !


•Argousier : il peut cacher la vue aisément, à condition de le tailler un peu pour qu’il s’étoffe davantage. Son développement n’est pas identique d’un individu à l’autre (il peut être plus ou moins étoffé). L’argousier étant dioïque, vous aurez besoin d’un pied mâle et un femelle pour arriver à fructification.
L’argousier est peu exigeant : il s’adapte sur tous les types de sols.
Évitez néanmoins les terrains trop humides l’hiver dont le sol est mal drainé ou à défaut, plantez-le sur butte. Il apprécie les situations venteuses, mais nécessite un emplacement ensoleillé pour fructifier. Résistant à -30 degrés, sa culture ne posera aucun problème !
La variété Leikora est la plus cultivée pour ses fruits, car ce sont les plus gros. Ils sont, entre autres, très riches en vitamine C.

•Mandarinier de Satsuma : si vous êtes dans un climat atlantique ou méditerranéen, ces mandariniers produiront de délicieuses mandarines, sans pépin.
Les variétés recommandées sont ‘Owari’, et ‘Okitsu’, les plus rustiques. L’arche du Livradois en cultive en Auvergne, à 1000 m d’altitude, c’est pour dire s’il s’adapte bien à nos climats !

•Néflier du Japon : originaire des montagnes de l’Himalaya, le néflier du Japon est surtout cultivé pour ses magnifiques fleurs. Ces dernières attirent une multitude d’insectes !
Il est rustique jusqu’à -10 degrés et se cultive très bien : il pousse rapidement et ne demande pas beaucoup de soins. Évitez tout de même les emplacements trop venteux et les sols gorgés d’eau en hiver. Le néflier du Japon produit des fruits orangés prêts à déguster au printemps.
Parmi les variétés cultivées, il existe la ‘Champagne’, ‘Peluche’, ‘Early red’ ou encore ‘Tanaka’. Je vous recommande cette dernière variété, elle est plus tardive que les autres, mais ses fruits sont plus savoureux.

•Fuchsia ‘Régal’ : cette variété de fuchsia peut atteindre 3 m de hauteur en climat doux. Elle sera plus petite en climat frais, et pourrait ne pas cacher la vue… Elle résiste une fois installée à -10 degrés. Ce fuchsia offre une floraison s’étalant de mai à octobre et produit des fruits dès juillet. On consomme ces fruits crus ou transformés.

•Les eleagnus : on les connait surtout pour leur utilisation en haie persistante, mais on ignore souvent que certaines variétés produisent des fruits ! Leur culture est très simple, car les eleagnus s’adaptent presque partout et poussent assez rapidement.

Parmi les Eleagnus cultivés pour leurs fruits, nous avons le goumi du Japon, l’olivier de Bohème, les Chalefs…

Pour plus de renseignements, je vous invite grandement à consulter cet article sur le site de l’association ‘La graine indocile’.
Vous trouverez des indications sur les différentes variétés à cultiver.

http://www.lagraineindocile.fr/2012/11/les-eleagnus-elaeagnus-spp.html

Bonne lecture !

Zoom sur la passiflore : un végétal fruitier et persistant.

Cette plante convient très bien pour cacher la vue, produit des fruits et est médicinale ! Pour la cultiver, il suffit d’installer une treille et de la faire grimper dessus.
La passiflore vous cachera des regards, car elle garde en partie ses feuilles en hiver. Sa croissance est très rapide, elle peut même devenir envahissante. On peut alors la tailler sévèrement quand cela est nécessaire et se servir des tailles pour pailler des arbres par exemple.
La variété ‘Passiflora Tucumanensis’ est très intéressante : elle est rustique jusqu’à -10/-15 degrés et produit des fruits plutôt savoureux.

Les feuilles de la ‘Passiflora Incarnata’ sont utilisées en médecine naturelle. Elle s’utilise en usage interne et externe.

• Bienfaits en usage interne : améliore le sommeil, réduit la tension nerveuse, l’anxiété, l’irritabilité ; est antispasmodique ; agit sur les palpitations et l’hypertension liées à l’émotivité ; est antidouleurs ; réduit les symptômes de l’asthme…
• Bienfaits en usage externe : traite les affections cutanées, les hémorroïdes…
Ces informations vous sont données à titre indicatif, mais documentez-vous bien avant d’utiliser une plante en guise de médicament !

Convertir sa haie déjà existante en haie productive.

Il est tout à fait possible d’ajouter des végétaux au pied de votre haie existante si l’exposition le permet et si la haie déjà en place n’est pas encore trop imposante.
Pensez simplement creuser un gros trou pour déranger les racines de la haie et permettre aux nouveaux végétaux de se faire une place. Il est ainsi possible d’installer des lianes fruitières, vignes, kiwi, kiwaï, ou des petits fruits en avant-plan de la haie.


Pour les lianes, le problème va se poser au moment de la taille de la haie : n’ayez pas peur de les détruire partiellement : ces dernières sont très vigoureuses et repartiront de plus belle.
Elles supportent tout à fait les grosses tailles, elles repartent même après une taille à ras du sol ! L’inconvénient est que vous obtiendrez une production plus ou moins en dents-de-scie…


Cette méthode n’est pas aussi poétique que la création d’un jardin-forêt ou d’un verger multi-étagé, mais elle vous permettra quand même d’avoir d’augmenter vos récoltes.

La plantation de la haie.

Si les végétaux que vous allez installer sont à croissance lente, vous pouvez imaginer en placer un tous les 80 cm à 1 m. Ainsi, l’effet brise-vue sera plus rapidement atteint : les végétaux vont vite se rejoindre et monter en hauteur. Ils risquent de s’entremêler, mais ça n’est absolument pas grave : ce schéma se reproduit naturellement dans les haies champêtres.


Si les végétaux sont plutôt à croissance rapide, comme les eleagnus, vous pouvez imaginer en installer un tous les 1,5 m, afin d’économiser un peu sur le prix des plants.

Vous voyez donc maintenant qu’il est possible de réaliser une haie fruitière et persistante. La liste des végétaux fournie n’est pas exhaustive, vous en trouverez certainement d’autres comme le sapotier, ou encore l’olivier pour les climats adéquats. Parmi tous ces végétaux, nos trois favoris sont l’arbousier, l’argousier et les eleagnus, qui s’adaptent quasiment dans tous les climats et les types de sols. N’hésitez donc pas à les cultiver chez vous !