Faire les graines de ses légumes est un bon moyen de sélectionner les variétés qui s’épanouissent le plus chez vous. Si vous avez un peu de temps à y consacrer, faire ses graines de courges est un jeu d’enfant. Avant de se lancer, quelques précautions sont à prendre. On vous en dit plus !

Une famille de légumes haute en couleur

Vous cultivez peut-être des cucurbitacées dans votre jardin : melons, courgettes, concombres, courges, ou encore chayotes. Ces légumes sont très présents dans les potagers. Et pour cause ! Leur développement impressionnant et leur rendement sont très intéressants.

Des jaunes …
… des galeuses
… et des multicolores ! -Pixabay

Leurs goûts et leurs couleurs sont très variés et leur période de consommation est étalée sur toute l’année : les premières cucurbitacées, les courgettes, arrivent en mai si l’on est équipé d’une serre. Puis viennent les melons, les concombres, les pâtissons, en septembre les chayotes, et enfin, on commence à consommer les courges de conservation. Ces dernières se conservent extrêmement bien, plus d’une année pour certaines comme la courge de Siam.

Quand on cherche à gagner en autonomie au jardin, la question des semences se pose rapidement. En effet, quel bonheur de récolter ses propres semences et de les ressemer d’année en année.

Néanmoins, pour produire ses graines de cucurbitacées, quelques règles sont à respecter et l’on entend souvent tout et son contraire sur le sujet, notamment sur les possibilités d’hybridations toxiques. Pas de problème : nous vous expliquons tout ! 

Damien Dekarz cultive les courges de Siam sur une tonnelle, les rendements sont impressionnants !

Neuf espèces couramment cultivées dans nos jardins 

Sous nos latitudes, nous cultivons généralement 8/9 espèces de cucurbitacées : 

Cucurbita pepo : les courgettes, pâtissons, citrouilles, courge spaghetti 

Cucurbita maxima : les potirons

Cucurbita moschata : cette espèce est très variée, autant par la forme des fruits que des graines ! 

• Cucurbita ficifolia : encore peu cultivée, malgré son potentiel de conservation très intéressant, il s’agit de la courge de Siam. 

• Cucumis melo : le melon 

• Citrullus lanatus : la pastèque 

• Sechium edule : la chayotte 

• Cucumis sativus : le concombre 

• Luffa aegyptiaca : la courge éponge

Il existe bien sûr d’autres espèces, cultivées de façon plus anecdotique, comme le Kiwano, ou encore le concombre du Mexique ! 

L’hybridation des courges, comment ça marche ? 

L’hybridation est impossible entre les variétés de courges issues d’espèces différentes. Par exemple, courgettes et potirons, n’appartenant pas à la même espèce, ne peuvent s’hybrider. L’hybridation est uniquement possible entre les variétés d’une même espèce. Par exemple, courgettes et pâtissons, eux, peuvent s’hybrider, appartenant tous deux à l’espèce cucurbita pepo. Ainsi, vous pouvez déjà cultiver et produire les graines d’une variété de chaque espèce de courges sans risquer l’hybridation. 

Courgette et pâtisson peuvent s’hybrider ensemble,
on essaie alors de ne pas
produire leurs semences la même année !

L’hybridation, c’est donc le résultat du croisement de deux variétés bien distinctes au sein d’une même espèce. Les cucurbitacées, capables de s’autopolliniser, privilégient tout de même la pollinisation croisée, induite par les insectes pollinisateurs. Ainsi, lorsqu’un insecte butineur a pollinisé une fleur femelle avec le pollen d’une fleur mâle d’une variété différente (« les parents »), alors les graines issues des fruits pollinisés (« les enfants ») porteront l’hybridation dans leurs gènes. C’est donc en semant en 2023 les graines issues de la pollinisation de 2022 que nous pourrons observer les fruits et déterminer si oui ou non, il y a eu hybridation ! Les fruits des cucurbitacées de 2022, eux, ne seront pas hybrides.

À propos de la toxicité suite à l’hybridation des courges

En principe, si deux cucurbitacées comestibles de variétés différentes se croisent, le résultat donne, en semant leurs graines l’année suivante, un fruit comestible. En revanche, il existe des courges décoratives qui elles ne sont pas comestibles. On appelle souvent les courges décoratives les coloquintes. En réalité, les coloquintes désignent une espèce bien particulière, la coloquinte vraie, Citrullus colocynthis. Néanmoins, de nombreuses courges décoratives sont issues des espèces Cucurbita pepo, Cucurbita argyrosperma et Lagenaria siceraria, les calebasses. Si vous en cultivez, il existe donc un risque d’hybridation avec vos courges comestibles issues des mêmes espèces. Les graines issues de cette hybridation pourraient donner des fruits qui eux, peuvent se révéler toxiques. 

Cela arrive le plus souvent avec l’espèce Cucurbita Pepo, car il s’agit à la fois de courges décoratives, mais également de la courgette… Si vous avez des graines dont vous suspectez l’hybridation, il existe une manière simple de déterminer si leurs fruits sont toxiques ou non : goûtez-en une toute petite quantité, crue. Si le goût est très amer, la courge n’est pas bonne à la consommation. Si le goût est neutre, vous pouvez y aller ! L’amertume provient de la cucurbitacine, une molécule sécrétée par les cucurbitacées pour se défendre des agressions extérieures. Elle est d’ailleurs parfois sécrétée en trop grosse quantité dans nos cucurbitacées habituelles, comme dans le concombre. 

Si vous avez déjà connu des concombres très amers, la raison est souvent qu’ils ont eu trop chaud ! Si vous ne souhaitez pas prendre le risque d’une hybridation qui rendrait vos courges toxiques, privilégiez des courges décoratives des espèces Lagenaria siceraria et Citrullus colocynthis ! Toutes ces informations sont présentes, en principe, sur les sachets de graines que vous vous procurez. 

Que risque-t’on en ingérant une courge riche en cucurbitacine ?

La cucurbitacine est présente dans certaines courges. C’est une toxine très irritante pour le corps humain qui ne disparait pas à la cuisson.

L’ingestion peut provoquer des diarrhées, vomissements, palpitations, hypotensions et parfois hypersalivations. On rapporte chaque année de nombreux cas d’intoxication…

En tout cas, ce n’est pas une partie de plaisir ! Normalement, l’amertume des courges hybridées empêche quand même le consommateur d’en ingurgiter de grandes quantités.

Attention à l’hybridation si vous cultivez des courges ornementales ou des coloquintes !
Pixabay

L’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) revient sur ces risques dans un article dédié à la molécule.

https://www.anses.fr/fr/content/attention-aux-courges-am%C3%A8res

Si vous souhaitez produire vos propres graines de cucurbitacées, il existe plusieurs manières de procéder.

Nous en évoquerons trois :

 • suivre un calendrier de production de semences, 

• polliniser manuellement, 

• ou adopter le laisser-faire ! 

Un calendrier de production de semences 

Si vous êtes amateur ou amatrice de cucurbitacées, aimez ou aimeriez en cultiver un grand nombre de variétés sans pour autant y passer trop de temps, cette solution pourra vous intéresser. Elle consiste à produire les graines selon une rotation sur quatre années, correspondant à la faculté germinative des courges qui est en moyenne de cinq ans. Grâce à cette rotation, vous pourrez cultiver jusqu’à 24 variétés (sur 4 années) et en produire les graines, sans risquer l’hybridation, et sans pollinisation manuelle ! Le principe est le suivant : cultivez, chaque année, des cucurbitacées d’espèces différentes dont vous pourrez récupérer les graines sans vos poser la question de l’hybridation ! 

Pour la courgette, on considère que les graines peuvent s’hybrider sur deux kilomètres à la ronde ! Pixabay

L’année suivante, cultivez d’autres variétés des mêmes espèces et ainsi de suite. Au bout de quatre années de production de variétés différentes, recommencez à cultiver les cucurbitacées de l’année 1 pour en reproduire les graines avant la fin de la période de la faculté germinative. Vous voilà collectionneur de cucurbitacées, vous pourrez varier les plaisirs tous les ans avec une collection différente, tout en gardant votre autonomie semencière.

Attention à la place

Attention néanmoins, produire ces variétés de courges nécessite énormément de place ! Si vous ne cultivez rien que 4 variétés de cucurbitacées par an (soit 16 variétés en tout, sur 4 ans), il faut, chaque année, en cultiver 20 pieds ! En effet, cultiver au minimum 5 pieds de la même variété permet d’éviter un appauvrissement de la génétique. Sachez tout de même que cette méthode n’est pas fiable à 100 %, surtout si vous n’habitez pas en rase campagne : les courges peuvent s’hybrider jusqu’à 2 km. En effet, les pollinisateurs peuvent voyager sur une telle distance avec du pollen d’une autre courge, et « contaminer » vos fleurs ! Néanmoins, si votre jardin est riche en fleurs, vous limiterez ce risque ! 

Espèces Année 1 Année 2Année 3Année 4
Cucurbita pepoCourgette ‘Ronde de Nice’‘Pâtisson panaché’Courgette ‘Cocozelle’‘Jack be little’
Cucurbita maximaPotimarron ‘Hokkaido vert’Potimarron ‘Red kuri’Potiron ‘Bleu de Hongrie’‘Buttercup’
Cucurbita moschataCourge ‘Butternut Waltham’Courge ‘D’Albenga’Courge ‘Longue de Nice’Courge ‘Musquée de Provence’
Cucumis meloCantaloup Charentais’ (chair succulente)‘Noir des Carmes’ (sucré et précoce)Olivin’ (précoce, résistant au froid)‘Petit gris de Rennes’ (précoce et parfumé)
Citrullus lanatus‘Early moon bean’ (excellente même en climat frais)‘Sugar baby’‘Lune étoile’‘Orange glow’
Cucumis sativus‘Long de Chine’‘Marketmore’‘Télégraphe’‘Della’s white’ (fruits
blancs)
Un exemple de production de semences en différé…

Nous avons volontairement enlevé la chayote, la luffa et la courge de Siam de ce tableau : on ne cultive qu’une seule variété de ces 3 espèces à notre connaissance. On peut donc produire leurs semences une fois tous les 4 ans, ou tous les ans pour la chayotte dont on replante directement le fruit entier chaque année. Vous ne risquez aucune hybridation avec ces courges.

faire ses graines de courges
Une manière paresseuse de conserver ses graines : mettre une
courge de côté, la laisser passer l’hiver telle quelle et venir l’ouvrir et récupérer les graines quand on en a besoin, en avril !

Si vous n’êtes pas un fana des cucurbitacées ou que vous avez un petit jardin, mais souhaitez tout de même produire vos semences, vous pouvez, sur des cycles de 4 ans, cultiver seulement une à deux espèces par an dont vous récupérez les graines. Visez alors tout de même au minimum 2/3 pieds de la même variété côte à côte pour assurer un bon brassage génétique. Voici un exemple de rotation sur quatre ans : 

Année 1 : Cucurbita pepo et Cucumis Sativus (Courgette ‘Ronde de Nice’ et concombre ‘Long de Chine’ par exemple) 

Année 2 : Cucurbita maxima (Potimarron ‘Red Kuri’) 

Année 3 : Cucumis melo et Cucurbita moschata (Melon ‘Noir des Carmes’ et courge ‘Musquée de Provence’) 

Année 4 : Citrullus Lanatus (Pastèque ‘Sugar Baby’)

Voilà qui est plus simple ! En quatre années, vous aurez fait le tour des espèces et vous serez autonome en semences…! Avec ces deux méthodes, vous pourrez sélectionner vos graines selon vos critères : goût, résistance à la sécheresse, etc. 

Polliniser manuellement : une méthode plus efficace, mais plus longue 

Si vous souhaitez ne prendre aucun risque pour produire vos semences, il est possible de polliniser manuellement vos fleurs de cucurbitacées. Cette méthode est plus efficace, car vous serez sûr à 99% qu’il n’y aura pas eu d’hybridation. Elle peut être intéressante, notamment si vous ne cultivez que quelques espèces différentes : cela ne prend que quelques minutes pour chaque variété. Si vous êtes un collectionneur, cette méthode vous prendra du temps, mais vous conserverez vos variétés intactes. 

Nous allons voir comment s’y prendre pour les fleurs de courges, mais la méthode est la même pour les concombres par exemple, qui ont une fleur différente visuellement. Les photos et la technique nous ont été communiquées par Laurence, membre de la Maison des Semences Paysannes du Lot. Il s’agit d’un groupement de particuliers et de professionnels. Les membres sont Lotois, mais également Aveyronnais et Périgourdins. Ce groupement existe depuis près de 10 ans et produit de nombreuses semences à destination des maraîchers locaux, ainsi qu’aux particuliers.

Voici la marche à suivre : 

`

1°) En fin de journée, repérez une fleur femelle (avec le petit fruit attaché sous la fleur) et plusieurs fleurs mâles de la même variété, sur plusieurs pieds différents, prêtes à s’ouvrir. Si vous n’avez que deux pieds, tant pis : prenez une seule fleur mâle d’un pied différent. 

Fleur femelle de courge
Fleur mâle de courge
Composition des fleurs femelles (gauche) et mâles (droite).

2°) Recouvrez les fleurs mâles et femelles d’un sachet.

Ici, Laurence a utilisé un filtre à thé. Vous pouvez aussi utiliser de petits sacs en tissus ou en filtre à étamines.

Maintenez-le fermé avec un bout de raphia, ou empêchez les fleurs de s’ouvrir avec une pince à linge. 

Cette étape évite qu’un pollinisateur vienne féconder la fleur avec le pollen d’une autre courge.

3°) Le lendemain matin, les fleurs se sont ouvertes à l’intérieur des sachets. Cueillez la/les fleurs mâles, dégagez l’étamine et frottez-la contre le pistil de la fleur femelle.

Refermez la fleur femelle avec un lien ou une pince, ou enfermez-la dans un sachet si vous avez trop abîmé les pétales lors de la fécondation. Marquez ensuite le fruit fécondé.

Laurence utilise un petit brin de laine synthétique de couleur vive pour bien repérer le fruit. Vous pouvez, en plus, utiliser un piquet pour vous souvenir de quel pied il s’agissait ! Dans tous les cas, ne serrez pas trop le lien en laine, car la tige va grossir. 

4°) Si au bout de quelques jours le fruit commence à grossir, c’est que la pollinisation a bien fonctionné.

Il faut au minimum 5 pieds de courges de la même variété, et garder au moins un fruit par pied.

Avec 10 pieds et 10 fruits, c’est encore mieux. Si on fait ses graines sur moins de plants, les courges vont dégénérer petit à petit par manque de brassage génétique. Vous pourrez cela dit toujours faire ça durant quelques années, et racheter des graines de temps en temps pour partir d’une meilleure génétique.

Une autre méthode : le laisser-faire 

Collectionner les variétés, c’est bien. Mais il est aussi intéressant de laisser faire la nature et d’observer ces phénomènes. Cela donne lieu à de belles surprises ! Si vous jardinez en partie pour le plaisir que cela apporte et l’émerveillement devant la beauté de la nature, vous pouvez laisser vos courges s’hybrider entre elles et observer ce qu’il se passe. L’hybridation des courgettes notamment donne lieu à de belles surprises comme cette hybridation entre une courgette classique et une courgette jaune observée au potager d’Olivier Puech, détenteur de la chaîne YouTube « Le Potager d’Olivier » et auteur chez Terre vivante. 

La courgette bicolore hybride qu’Olivier a pu ramasser une année au potager.

Même si vos courges s’hybrident, et que certaines ne donnent pas forcément de fruits très savoureux, vous aurez tout de même des récoltes, et la possibilité de tester si elles sont chargées en cucurbitacine en les goûtant au préalable. Bonnes récoltes et nous espérons avoir pu vous aider sur l’hybridation des courges et la production de graines de courges !


Cet article est une réédition d’un article paru dans notre revue numérique sur la permaculture et le jardinage naturel, la biodiversité.

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