Le paillage, kesako ?

Il est facile de produire soi-même son paillage si l’on a la place.

C’est une pratique intéressante pour de multiples raisons, que nous allons voir ensemble. Néanmoins, il ne faut pas se priver de jardiner parce que l’on a pas de paillage ! 😉 Il faudra juste désherber et arroser davantage, entre autres !

Tout d’abord, qu’est ce que le paillage et pourquoi l’utilisons-nous ?

Décryptage

Il s’agit premièrement de matières organiques, mais pas que ! Il est en effet possible de pailler avec des bâches tissées maraîchères par exemple. Ces dernières ne pourront pas agrader votre sol, mais elles empêchent tout de même les adventices de pousser, ce qui est un bon point pour le jardinier paresseux. Attardons-nous sur les matières organiques, qui ont un vrai intérêt et qui sont plus écologiques !

Les matières organiques sont utiles car, en se décomposant, elles vont agrader votre sol en augmentant le taux de matière organique de ce dernier. Si vous partez d’un sol peu fertile, elles seront indispensables pour espérer récolter de beaux et bons légumes à moyen terme.

Je vous passe les autres avantages du paillage : lutte biologique intégrée, rétention de l’eau, hébergeur de biodiversité, etc…

(Et du fait de produire son paillage : autonomie, facilité de gestion, fertilité abondante, etc…!)

Il existe grossièrement deux types de matière organique : les matières à tendance carbonée (le bois, la paille, …) et les matières à tendance azotée (la tonte de gazon, les orties, les produits d’origine animale, etc).

Pour faciliter le décryptage de ces matières, on dit souvent qu’il faut utiliser de la matière verte pour le côté azoté et de la matière brune pour le côté carboné. C’est un bon indicateur, et même si la réalité est un peu plus complexe, vous ne risquez pas grand-chose en suivant ce conseil.

Utilisation du paillage au potager.

Rechercher l’équilibre

Dans un potager, on cherche à équilibrer l’apport de ces deux types de matières, afin de ne pas créer de déséquilibre : trop de matière azotée peut rendre vos plantes plus fragiles, tandis que trop de matière carbonée peut empêcher vos plantes de pousser, à cause notamment du mécanisme de “faim d’azote”. Ce mécanisme est assez simple à comprendre : pour décomposer le carbone, la vie du sol a besoin d’azote. Si vous ajoutez trop de matière carbonée d’un coup, la vie du sol va mobiliser beaucoup d’azote les premiers temps, afin de commencer à décomposer cette matière. Il n’en restera donc plus assez pour vos légumes, qui auront du mal à pousser ! Par la suite, l’azote mobilisé sera restitué, mais vous aurez perdu du temps de croissance !

Prudence donc sur vos apports, n’ayez pas la main trop lourde ! Une bonne façon de s’affranchir de ce risque est d’épandre vos matières carbonées en automne la première fois, ainsi la faim d’azote ne sera quasiment plus présente lorsque les planches de cultures recevront les premiers légumes de printemps/été.

Pour les matières azotées, le déséquilibre est difficile à atteindre, certaines personnes paillent avec de la consoude ou des orties depuis des années et n’ont pas de maladies particulières. Ce qui pourrait créer un déséquilibre serait de pailler uniquement à la fiente de poules par exemple, ce qui est assez difficile en pratique ! Ces deux types de matières (carbonée/azotée) ont également des fonctions différentes dans le sol.

Les effets des matières organiques

Les matières carbonées vont avoir tendance à produire de l’humus stable en bonne quantité, ce qui va améliorer votre sol sur le long terme : celui-ci aura une meilleure rétention d’eau et de nutriments pour vos légumes. Le carbone améliorera la structure et la texture de votre sol, et vous permettra en quelques années de passer par exemple d’un sol argileux, lourd et difficile à travailler, à un sol fait de terreau léger et meuble. Au contraire, le carbone alourdira un sol sableux et trop léger, pour le rendre davantage fertile ! Produire son paillage permet donc de vous faciliter la vie au potager : des plantes en meilleure santé dans un sol plus facile à travailler, que demander de mieux ?!

Les matières azotées, elles, ont des effets différents. En raison de leur faible teneur en carbone, elles vont se dégrader rapidement et libérer des éléments nutritifs dans le sol pour vos légumes. Elles auront moins d’effets sur votre sol, même si elles l’amélioreront un peu. Leur fonction principale est de stimuler l’activité biologique de votre sol et nourrir vos plantes.

Pour résumer :

Matière carbonée : nutrition du sol

Matière azotée : nutrition des plantes

Voilà une courte introduction pour vous faire comprendre un peu les mécanismes du sol. Bien évidemment, cela est très grossier et c’est pour cette raison que je vous invite à me poser des questions sur des points précis si vous voulez en apprendre un peu plus !

Produire son paillage, pour un potager plus écologique !

Réflexions autour de la durabilité.

Le paillage utilise de la surface agricole utile...

En effet, il est intéressant de réfléchir à nos pratiques. Importer de la paille, c’est très bien. Mais pour 100 m² de potager, il faut environ entre 600 et 1200 m² de culture de céréales. Ces 600 m² de céréales nécessitent un tracteur, consomment de l’eau, du pétrole, … De plus, en exportant les pailles plutôt que de les laisser au champ, l’agriculteur va devoir laisser son sol s’appauvrir. Alors, on pourrait se poser la question suivante : nos potagers 100% paille sont-ils vraiment permacoles, durables ?

Pour les petits potagers, il est difficile de faire autrement. Mais pour les autres, ne pourrait-on pas produire notre paillage nous même ? Moins de pétrole, moins d’eau, moins de ressources, pour plus de paillage !

Ayez à l’esprit qu’en important de la matière organique de l’extérieur, on appauvrit un lieu pour enrichir le nôtre. Cette réflexion ne signifie pas que l’on doit se sentir coupable d’utiliser de la paille, du foin, ou autre importé de l’extérieur. Elle signifie simplement qu’il est intéressant d’être autonome, et d’être moins dépendant d’une source extérieure pour amender/fertiliser votre terrain.

Par ailleurs, appauvrir une zone, à l’échelle de notre jardin, c’est enrichir celui-ci : en exportant les fauches d’une prairie par exemple, on va contribuer à maintenir un biotope pauvre, très souvent riche en biodiversité ! C’est le principe de la zone maigre, développé par le réseau hortus. Dans ce cas de figure, le problème est alors la solution !

…mais des solutions existent !

Des solutions existent si l’on manque de paillage, comme les couverts végétaux ou engrais verts, les broyats de végétaux, peuvent remplacer l’importation d’intrants d’origine “agricole”, ayant été produits directement sur un champ. Ainsi, on peut par exemple décider d’avoir recours à différents intrants comme le broyat de végétaux et les refus de criblage des stations de compostage. Il s’agit vraiment de déchets, et ils n’incitent aucun agriculteur à exporter ses pailles. Ils peuvent être une bonne solution pour les petits potagers, dans lesquels il est difficile de produire son paillage et il paraît plus logique de se concentrer sur la production de nourriture. Leur seul défaut et qu’ils contiennent des plastiques, qu’il faut trier un peu lors de l’épandage. C’est un problème récurrent, mais avec de la bonne volonté, on arrive à trier ces déchets, et mieux vaut les trier soi-même plutôt qu’il se retrouvent dans la nature !

Produire son paillage en pratique

Différentes stratégies sont possibles

Pour produire votre paillage vous-même il existe plusieurs stratégies, qui peuvent doivent être complémentaires.

Voici comment produire son paillage :

réaliser des couverts végétaux ( il s’agit d’engrais verts à un stade plus avancé, après floraison) avant vos cultures pour produire du paillage. Par exemple, un couvert d’hiver qui sera monté à plus d’un mètre fin mai pourra être couché et on implantera des tomates dedans. Cela vous permet de produire assez de matière pour nourrir vos légumes et pailler en partie. Avec ce type de stratégie, on s’assure une bonne fertilité du sol, mais quelques travaux de désherbage seront nécessaires, car le couvert ne couvre pas le sol suffisamment. Il faudrait l’équivalent de 2/3 couverts végétaux pour pailler correctement.

planter des plantes productrices de biomasse, et opérer un transfert de fertilité en coupant ces plantes et en les déposant dans votre potager. C’est selon moi la meilleure technique pour produire son paillage, à compléter ponctuellement par des engrais verts ou des couverts végétaux. Ces plantes sont nombreuses et des listes existent sur internet.

• Pour finir, il est possible d’utiliser les ressources locales pour votre paillage : vos feuilles mortes, tontes de gazon (ou fauche de prairie), résidus de taille, … Vous pouvez également demander au voisin ses déchets verts (ou lui enseigner les avantages du paillage…!). Il est aussi intéressant de recycler toutes nos adventices, issues des désherbages, nettoyages, pour les ramener directement au potager !

Deux plantes adaptées pour la production de paillage

• le miscanthus giganteus : une énorme graminée vivace, qui produit chaque année plusieurs kilos de biomasse carbonée, prête à être déposée à l’automne sur les planches de culture.

Pour le cultiver, on installe environ 1 plant par m². Après quelques années, le miscanthus est bien installé et produit abondamment de la biomasse, que l’on peut faucher en fin de saison et déposer directement sur le sol. Il est, de plus facile à multiplier.

miscanthus gigantheus

• la Consoude, une plante à avoir absolument dans votre jardin. On peut créer une “consouderaie” capable de produire suffisamment de paillage pour pailler son potager durant toute la saison. Elle peut être coupée plusieurs fois par an, et repousse d’elle-même. C’est un très bon paillage, car elle est très équilibrée et riche en de nombreux éléments nutritifs pour les plantes. Pour être à l’aise, je conseille d’avoir un à deux mètres carrés de Consoude par mètre carré de potager. Elle se multiplie très facilement, par éclat de racine. J’ai parfois pu faire jusqu’à 100 plants avec une seule racine !

J’installe en général 6 plants par m², afin que l’espace soit rapidement occupé.

consoude

Une fois votre consouderaie bien implantée, vous n’aurez plus jamais à réfléchir à comment trouver votre paille, etc, vous aurez du paillage à volonté !

Joindre l’utile à …l’utile !

Vous pouvez également utiliser des plantes comestibles pour produire votre paillage. La consoude l’est, mais ça n’est pas un aliment à proprement parler : on n’en consomme pas tous les jours ! Qui plus est, il est déconseillé d’en consommer trop régulièrement en raison de sa composition.

Pour produire du paillage ET de la nourriture en même temps, tournez-vous vers des plantes pérennes comme le topinambour par exemple, ou des annuelles comme le tournesol, ou encore le maïs. Vous pouvez également utiliser des plantes fruitières très vigoureuses comme le kiwi ou la vigne. Ils sont, par ailleurs, généralement très facile à multiplier.

Vous pouvez également utiliser des végétaux fixateurs d’azote, qui produisent en plus des fruits, comme le Goumi du Japon. C’est un combo gagnant ! En taillant vos végétaux fixateurs d’azote, vous allez transférer directement l’azote fixé par ces plantes et l’emmener dans votre potager. Vos récolterez, qui plus est, des fruits.

Et c’est parfait, puisqu’en permaculture, on cherche à ce que chaque élément remplisse plusieurs fonctions. On cherche également à ce que chaque fonction soit remplie par plusieurs éléments, alors n’hésitez pas à diversifier vos sources de paillage !

N’oubliez pas, la permaculture est aussi une question d’autonomie, il est donc plus que pertinent de produire son paillage, pour un potager plus durable, plus autonome et plus écologique !

verger bio

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