La culture de l’ail, Allium Sativum.

Article issu du n°4 de la revue des lecteurs, disponible dans les archives !

L’ail est une culture assez simple à réaliser. La plantation est facile, et l’ail en soi ne nécessite que très peu d’entretien. Dans un sol qui retient un minimum l’eau et qui est vivant, vous n’aurez pas grand-chose à faire : planter à l’automne ou au printemps, et venir récolter en été. Les têtes se conservent bien, et sont faciles à stocker. Il est donc très facile de devenir autonome en ail.

Néanmoins, il arrive que la culture de l’ail échoue sur certains sols, pour diverses raisons. Ainsi, j’ai décidé de vous rédiger un article complet sur la culture de l’ail. Certains points sont précis et on peut ressentir à la lecture que l’ail est une culture finalement pas si facile que ça ! Il n’en est rien, vous aurez facilement des récoltes si votre sol est vivant et propice à sa culture. Cet article est simplement une base de réflexion pour ceux chez qui l’ail ne fonctionnerait pas bien.

On pourra alors peut-être trouver la raison de l’échec, ou retenter la culture avec plus de cordes à son arc !

Bonne lecture !

Portrait de l’Allium Sativum

L’ail, Allium Sativum, est consommé depuis des millénaires. Déjà 3000 ans avant notre ère, il était utilisé par les Chinois pour assaisonner leur plat. L’ail a parcouru les zones géographiques, les Égyptiens en donnaient à leurs esclaves et c’est grâce aux Romains que l’ail s’est répandu dans toute l’Europe.

En France, l’ail fut cultivé à partir du Moyen Âge.

Même si l’ail a toujours reçu des critiques, en raison de sa forte odeur, il fut défendu au fil des siècles pour ses bienfaits sur la santé. Appelé “rose puante” par les Grecs, il possède de nombreuses propriétés médicinales ! Stimulant de la circulation sanguine, l’ail est également un bon antibiotique naturel. L’action de l’ail sur le système cardio-vasculaire est aujourd’hui mise en avant par de nombreuses études.

Les différentes variétés d’ail

Pour vos variétés, sachez qu’il existe 3 types d’ail : l’ail blanc, l’ail rose, l’ail violet.

– L’ail blanc : Messidor, Messidrome, Thermidrome, Therador, Vigor, Supreme, Sabadrome, Corail, Jolimont. La variété Corail est la plus rustique de toutes.

– L’ail rose : Goulurose, Ibérose, Enderose, Jardirose. L’ail rose a une dormance profonde : il met plus longtemps à se réveiller au printemps. Pour cette raison, il est de récolte tardive.

– L’ail violet : Germidour, Paradour, Primor, Sprint. La variété Germidour possède une tendance à la verse (les feuilles se plient et se cassent sous l’effet du vent), ainsi il est préférable de changer de variété si vous l’avez déjà essayé chez et que vous avez rencontré le problème.

Mon astuce pour l’ail : achetez des têtes en magasin bio, peu importe la variété, et plantez-les ! Cette méthode revient beaucoup moins chère qu’en jardinerie. Dès la première année, vous pourrez conserver des bulbes pour replanter l’année suivante. On utilise généralement uniquement les caïeux du pourtour de la tête : les plus gros. Ceux du centre peuvent être replantés, mais pour de la culture d’aillet par exemple.

Il existe également de l’ail vivace ! Mais les récoltes sont bien moindres.

Calendrier de culture de l’ail

Généralement, on plante l’ail blanc et l’ail violet en automne, et l’ail rose au printemps.

Vous devez veiller à ne pas planter l’ail trop tôt ou trop tard à l’automne. L’intérêt de le planter en septembre pour l’aillet et que l’on va avoir des démarrages d’axillaires (les caïeux du bulbe commencent à grossir). Si votre sol est gorgé d’eau l’hiver, plantez l’ail en février/mars et non à l’automne pour éviter un pourrissement des racines.

Le climat de l’ail

L’ail est très rustique, il supporte des températures pouvant aller jusqu’à -18 degrés. La levée de dormance arrive à des températures fraîches : en dessous de 7 degrés pendant 1 à 2 semaines en moyenne (cela dépend des variétés). Le zéro de végétation est situé à 0 degré, en dessous l’ail ne pousse plus.

Sur quel sol cultiver l’ail ?

L’ail peut se plaire dans tous les sols. Néanmoins, son système racinaire est fragile, il supporte donc mal les sols trop pourvus en eau l’hiver. Une stagnation trop importante de l’eau peut entraîner une pourriture des racines, c’est pourquoi je vous conseille de planter votre ail à partir de fin février jusque mars si vous avez ce type de sol.

Si votre sol durcit lorsqu’il fait chaud (souvent les sols argileux, limoneux), il faudra absolument pailler votre ail, afin de conserver une terre souple. Autrement, le grossissement du bulbe peut être entravé.

L’ail : précédent favorable ou défavorable, rotation.

Si l’on a des maladies, l’ail et les alliacées (oignon, poireau, échalote, ciboule…) ne doivent pas revenir sur la même parcelle avant 4/5ans. Si vous n’avez pas de maladie et si vous nourrissez votre sol correctement, vous n’êtes spécialement obligé d’avoir recours à une rotation parfaite des cultures.

L’ail se plaît suite à une culture de légumineuse ou de pomme de terre. Il peut être un bon précédent à une culture de légume feuille (laitue d’hiver, mâche, etc.).

Tutoriel de plantation de l’ail

Généralités

La plantation de l’ail se fait à la main. Enfoncez les caïeux à 5cm minimum pour éviter qu’ils ne se déchaussent en poussant. La pointe doit être vers le haut, pour favoriser la levée. L’espacement optimal sur le rang est compris entre 12 et 15 cm selon le calibre des bulbes et la fertilité de votre sol (plus celui-ci est fertile, plus vous pouvez vous rapprocher des 10/12 cm). Si vous êtes sujets à des maladies cryptogamiques (champignons) comme la rouille, espacez vos caïeux de 15 cm (voire 20 cm) minimum afin de favoriser la circulation de l’air.

La distance entre-rang est de 20cm voire 30cm si votre sol est peu fertile.

Les différentes situations :

-Si votre sol est paillé, commencez par ratisser le paillage pour avoir un sol nu et propre. Désherbez les éventuelles vivaces encore présentes.

(À ce propos, (re)découvrez les articles sur la production de paillage !)

Passez un coup de griffe si le sol est compact. Si le sol est bien meuble, évitez la griffe qui va faire germer des graines d’adventices. Il est préférable de ne jamais toucher au sol, cela dit la grande cause d’échec dans les cultures de légume est souvent les carences induites par un sol trop compacté. Essayez de ne jamais marcher sur vos zones de culture et d’avoir constamment des plantes qui poussent sur celle-ci.

-Si votre sol est enherbé, il faudra commencer par désherber. Le plus simple, mais pas le moins fatigant, sera de tout décaper à la houe, profondément, pour avoir toutes les racines des vivaces. Une fois la zone nettoyée on peut planter facilement les bulbes. Il est possible d’émietter un peu de compost à la surface (une petite poignée pour 2/3bulbes) si votre sol n’est pas fertile. On recouvre ensuite d’un paillage de 10cm (foin, paille, broyat de végétaux…). Cela vous permettra de désherber très peu et surtout très facilement.

-Si le précédent cultural est un engrais vert, on commence par broyer l’engrais vert, si possible 2 semaines avant la plantation.

Dans tous les cas, une fois votre sol prêt à recevoir les bulbes, il ne vous reste plus qu’à les planter.

L’ail va sortir progressivement au fil des jours, comptez une bonne semaine pour le voir pointer son nez, mais ne vous inquiétez pas si cela prend plus de temps.

Réussir la culture de l’ail

fertilisation :

L’ail est une culture globalement peu exigeante. Le développement végétatif se fait au début du printemps, lorsque les températures sont encore assez fraîches. Comme les températures sont fraîches, la minéralisation de l’azote organique du sol est faible, il faudra donc, si vous souhaitez augmenter votre rendement, fertiliser avec des produits contenant de l’azote minéral prêt à être consommé par l’ail : l’urine, les fientes de vos volailles. Pour réaliser un thé de fientes : on mélange des fientes (200 grammes par arrosoir de 10L, et on arrose notre ail avec ce mélange. Il faudra faire cela assez tôt dans la saison, début février par exemple. Les apports d’azote tardifs sont contre-productifs : trop d’azote pendant la bulbaison peut entraîner des problèmes de conservation de l’ail.

Si vous souhaitez fertiliser votre ail pendant la bulbaison (si votre sol est très peu fertile par exemple), utilisez du purin de consoude ou de la cendre (une poignée pour 2 mètres linéaires).

irrigation :

L’ail peut être assez exigeant en eau. Il supporte mal le stress hydrique, il faudra donc bien le pailler et arroser régulièrement (si votre sol ne retient pas l’eau) pour éviter cette déconvenue.

Si vous irriguez peu votre jardin, concentrez-vous sur l’essentiel : l’ail a besoin d’eau au moment de la levée, et lors du développement du bulbe : généralement du stade 8 feuilles au stade 12 feuilles. Un arrosage lors de la plantation est également le bienvenu. Pour faire simple : si l’année n’est pas spécialement sèche, on arrose à la plantation, et quelques fois en mai/juin.

Pensez à arroser le matin, pour que les feuilles soient sèches le soir venu.

Vers la fin de la culture, 2 à 3 semaines avant la récolte, n’arrosez pas votre ail pour favoriser sa conservation.

récolte :

Pour votre aillet, on récolte les bulbes frais, en avril/mai. Pour l’ail sec, la récolte doit intervenir peu après que les feuilles du bas aient commencé à faner : lorsqu’environ les deux tiers du feuillage sont secs.

Si vous souhaitez une récolte mesurée précisément, il est possible de faire le rapport poids des bulbes/poids des feuilles. On prend un échantillon, 20 plants par exemple, et on pèse en faisant la moyenne. Le ratio doit être de 1,6, 1,7. Les bulbes doivent donc être 1,6 fois plus lourds que le poids total des feuilles. La formule est : poids total des bulbes / (divisé par) poids total des feuilles.

La conservation de l’ail

Pour la conservation de l’ail une fois récolté, on le fera sécher pendant 1 mois dans un endroit ventilé et à l’abri de l’humidité. L’ail est prêt lorsqu’il a perdu 20 à 30% de son poids. Vous pouvez le savoir en pesant un échantillon au départ et en le testant plusieurs fois. Par exemple, vous prenez 10 têtes d’ail que vous pesez. Dans l’hypothèse où les dix têtes font 1kg, l’ail sera prêt lorsqu’il atteindra 750grammes environ. On multiplie par 0,75 le poids frais pour obtenir le bon poids sec.

Il faudra conserver les têtes à une température supérieure à 15 degrés, idéalement 18/20 degrés. Privilégiez un environnement sec, et ventilé : la cuisine convient parfaitement !

Les maladies de l’ail et les moyens de préventions possibles

Les principales maladies de l’ail sont :

-la pourriture blanche (Sclerotium cepivorum)

-le champignon Botrytis

-la mouche de l’oignon

-le thrips

-la teigne du poireau

On retrouve ces maladies également chez l’oignon et le poireau.

L’ail dispose cependant de ravageurs et maladies spécifiques :

-ses nématodes

-ses acariens

-la rouille

-la suie

-ses virus

-la bactériose

De manière générale, l’ail n’est pas très attaqué et la culture est assez simple à réussir. Néanmoins, si vous êtes sujets aux maladies, il y a quelques conseils généraux à suivre pour les éviter.

Les moyens de préventions

Premièrement et comme souvent, la rotation des cultures joue beaucoup sur les maladies récurrentes. Les alliacées (ail, poireau, oignon, échalote, ciboule…) doivent, si possible, revenir au minimum tout les 4/5ans sur la même parcelle.

Lors de la manipulation des gousses, évitez les chocs sur celles-ci. De même, évitez les blessures lors de l’égoussage.

Lors de la plantation, refermez bien le sol une fois le bulbe planté. Et faites en sorte que votre plantation sorte vite de terre : pour une plantation en octobre, le sol est propice et il ne vous restera plus qu’à arroser correctement votre ail les premières semaines si votre sol est sec.

Espacez davantage vos caïeux comme je vous ai conseillé précédemment. Cela permet de réduire les attaques de champignons.

Enfin, évitez les arrosages tardifs avant la récolte. De toute façon, il est conseillé de ne plus arroser l’ail quelques semaines avant la récolte, afin que celui se conserve mieux. Évitez également d’arroser le soir.

Les associations possibles

L’ail a des vertus antibiotiques, insecticides, nématicides, et il permet de lutter contre les maladies cryptogamiques de certains fruitiers. Ainsi, il est très utile au potager et au verger.

-La seule association qui soit favorable semble être celle avec les carottes. Cultiver des alliacées en général et donc l’ail éloigne la mouche de la carotte. Cependant, vous pouvez associer votre ail avec la plupart des légumes du potager ! Comme souvent, les associations sont à contextualiser : testez par vous même, ne vous laisser pas influencer par des articles comme celui-ci ! 😉

-L’association de l’ail avec tous les fruitiers est conseillée, n’hésitez pas à en mettre au pied de vos fruitiers. Vous pourrez comme cela venir récolter de l’aillet et laissez quelques bulbes en terre. Leur composés souffrés aideraient les arbres à lutter contre certaines maladies.

-Une association gain de place qui fonctionne à merveille est celle de l’ail avec la mâche.
Cette association ne nécessite quasiment pas de main d’oeuvre si vous avez laissé vos pieds de mâche monter à graines les années précédentes. En effet, il vous suffira d’aller chercher des plants sortis spontanément, et de les repiquer en même temps que vous plantez l’ail.

On gagne ainsi du temps en réalisant deux tâches en une.
Plantez l’ail à 15 cm en tous sens, et la même chose pour la mâche. Vous aurez ainsi environ un plant tous les 7,5 cm en quinconce. Cela permet d’avoir deux récoltes au lieu d’une seule sur la même planche de culture, ce qui est intéréssant car l’ail occupe longuement le sol du potager.

Pratique pour les petits potagers !

La mâche occupe et couvre le sol durant l’hiver, et dès qu’elle est finie de récolter, vous pouvez soit attendre un peu et récolter tout l’ail en aillet et en en bulbe frais, puis installer des légumes d’hiver qui se sème tôt comme le panais (ou des légumes d’été), ou simplement rajouter un petit paillage et attendre la récolte de l’ail à un stade plus avancé.
Vous pourrez alors semer des légumes type radis d’hiver, chou chinois, etc, après la récolte.


Bonne récolte !

Envie d’en savoir encore plus ?

Découvrez cet article de la ferme de Sainte Marthe, ou celui-ci de Binette et Cornichon sur la culture de l’ai. Pour plus d’informations sur les variétés d’ail, jetez un oeil à cet article. Bonne lecture !

Cet article a pour sources de nombreux livres et sites Web, mais la principale source est le guide ITAB ‘Produire des légumes en AB’, une référence que je vous recommande même si elle est destinée aux professionnels !