Dans cet article, nous parlerons du paillage avec des feuilles mortes :  pourquoi et comment pailler son potager avec cette précieuse ressource que nous offrent chaque année nos arbres caducs !

Introduction

Nous sommes en automne.

C’est déjà la fin de la belle saison. Celle de la plupart des légumes, des fruits, des fleurs, du chant des oiseaux, et de vos mains plongées dans la terre chaude du potager !

Mais la beauté est encore là, à chaque instant, dans votre jardin embrasé de couleurs rougeoyantes.

C’est aussi le moment des grands préparatifs, pour le printemps prochain, qui arrive déjà à grands pas.

En cette période, il est intéressant de border votre potager (votre terre) dans une grosse couette bien chaude, pour le protéger de l’hiver, en lui offrant un bon paillage. Un bon travail garantira un réveil énergique de votre potager, au printemps, pour bientôt, peut-être, vous voir crouler sous les légumes !

Et en automne, quoi de mieux que d’utiliser ce que le jardin nous offre ? À savoir les feuilles mortes !

Pourquoi pailler son potager (avec des feuilles mortes) ?

Le paillage protège du froid…

Le paillage, installé à l’automne, est très important pour un bon hivernage de votre jardin.

Ce paillage, pour reprendre l’analogie de début d’article, est une couverture qui permet à la terre d’être protégée du froid durant les mois d’hiver.

C’est en fait une couche isolante, qui diminue les déperditions de chaleur du sol.

Ainsi, au plus profond de l’hiver, votre sol paillé aura quelques degrés supplémentaires par rapport à un sol non paillé, dans les mêmes conditions environnementales. Il sera aussi davantage protégé du gel.

Cela permettra à la vie du sol de conserver un niveau d’activité supérieur, et de se travailler plus facilement. Cela alimente le début d’un cercle vertueux (la décomposition des matières organiques du sol (par cette vie du sol) est plus rapide, ce qui augmente la richesse de ce sol, etc…).

paillage feuilles mortes
« La vie du sol appréciera cette protection contre le gel !« 

Pailler autour des plantes vivaces ou des pieds des jeunes arbres permet aussi de protéger leur système racinaire du froid.

… Et autres avantages !

Mais le paillage automnal du sol d’un potager pleine terre (ou du sol de bacs potagers) n’a pas pour seul bénéfice cette couverture isolante. Il permet aussi :

De limiter le lessivage des éléments minéraux du sol par les pluies. La présence de ces minéraux dans le sol est essentielle au bon développement futur des plantes, au printemps. Nous en parlions dans le numéro 3 de notre revue numérique.

D’augmenter le taux d’humidité du sol. Ce qui est très intéressant lors d’hivers secs, et favorise le développement de la vie fongique et microbienne (qui aiment les environnements humides).

D’apporter de la matière organique décomposable au sol : essentielle à l’enrichissement de ce dernier.

De limiter la germination des adventices : ce qui vous évitera, au printemps, d’effectuer de potentiels désherbages. Pour les plantes vivaces et les jeunes arbres, pailler autour des pieds (pour les jeunes arbres) ou des plantes (pour les vivaces) a l’avantage, en diminuant cette poussée d’adventices, de limiter la concurrence directe pour les nutriments du sol et l’eau. Cela favorise donc le développement de ces vivaces ou jeunes arbres.

« Ces jeunes choux ne sont pas ennuyés par les adventices. Néanmoins, dans un petit jardin, il aurait été aussi pertinent de les associer avec une autre culture.« 

De protéger la vie du sol des rayons du soleil direct. Les rayons ultraviolets, contenus dans le spectre de la lumière naturelle (solaire), sont défavorables au développement de la vie fongique et bactérienne. Ce rayonnement solaire direct aurait aussi tendance à rendre le sol plus dur et compact.

De favoriser le développement de la vie du sol : cachettes, protection…

Des avantages communs à tous les paillages

Tous les types de paillages classiques permettent de mettre en œuvre ces bénéfices. Mais nous parlons dans cet article du cas particulier du paillage automnal avec des feuilles mortes.  Ainsi, nous verrons les avantages d’un paillage de feuilles mortes, dans la quatrième partie de cet article ! 😉

Les caractéristiques d’un paillage de feuilles mortes

Le rapport C/N des feuilles mortes

Un paillage idéal a un rapport C/N (rapport carbone/azote) équilibré : c’est-à-dire compris en 25 et 30. Nous avions vu cela dans notre article sur la production de paillage.

Un paillage équilibré est important pour que les micro-organismes décomposeurs du sol puissent décomposer progressivement cette matière organique (décomposer le paillage en question, donc), sans mobiliser l’azote du sol dans ce but.

Eh oui, car les organismes décomposeurs ont besoin d’azote pour décomposer de la matière organique carbonée.

Ainsi, plus la matière en question sera carbonée (taux C/N élevé), plus les organismes décomposeurs auront besoin d’azote pour mener à bien le processus de décomposition.

« Les paillages riches en carbone demandent beaucoup d’azote pour commencer à se décomposer. « 

Pour des matières organiques dites équilibrées (rapport C/N compris entre 25 et 30 donc, si vous m’avez suivi), les micro-organismes trouvent en partie l’azote nécessaire dans ces matières même.

Pour des matières organiques carbonées (rapport C/N élevé), l’azote contenu dans ces matières-là ne suffit pas aux micro-organismes pour mener à bien le processus de décomposition.

Que vont-ils donc faire ?

Et bien, ils vont piocher l’azote là où ils le trouvent : à savoir, dans votre sol (mais également dans l’air, grâce aux azotobacter !).

Les paillages hivernaux trop carbonés peuvent, de cette manière, faire chuter le taux d’azote de votre sol durant l’hiver. Ce qui pourrait causer, selon les cas, des carences d’azote pour vos plantes, plus tard, au printemps. C’est le mécanisme de faim d’azote.

D’où l’importance d’un paillage au ratio C/N équilibré.

Attention tout de même, car c’est en fait un peu plus compliqué. Le rapport C/N d’une matière organique baisse au fur et à mesure de sa décomposition. Notamment grâce aux azotobacter qui viennent l’enrichir en azote.

De plus, les carences d’azote apparaissent généralement en surface du sol (là où la décomposition a lieu) bien plus qu’en profondeur.

Ce peut donc être plus un frein à la germination et aux jeunes pousses, aux racines superficielles, que pour les plantes vivaces aux racines profondes.

La question qui vient donc rapidement, est : quel est le ratio C/N des feuilles mortes que l’on souhaite utiliser en paillage ?

Différents types de feuilles mortes

La réponse n’est pas unique, car les feuilles d’arbres ont un ratio C/N qui diffère selon leur type.

Cela dit, toutes les feuilles mortes sont de type « équilibré » à « carboné »

Les feuilles vertes, elles, sont principalement azotées. Avec l’arrivée des basses températures, le cycle de chaque feuille s’arrête : les protéines (molécules riches en azote), qui servent aux fonctionnements du « vivant », ne sont donc plus utiles et sont transformées en glucides. Ces glucides sont ensuite évacués et stockés dans la partie vivante du bois de la plante ou de l’arbre en question. Cette fuite des protéines de la feuille fait donc augmenter le ratio C/N de cette dernière.

Voilà pourquoi les feuilles vertes sont azotées, alors que les feuilles mortes (orange-brun) sont plutôt carbonées !

Mais ce taux de carbone dans la feuille morte n’est pas le même pour toutes les feuilles.

C’est un point que nous allons explorer ensemble, afin de pouvoir déterminer la composition idéale de votre paillage à base de feuilles mortes !

Des feuilles mortes carbonées :

Les feuilles épaisses ou coriaces (feuilles de platane, de chêne, ou de hêtre, par exemple), sont généralement riches en carbone. (ratio C/N entre 50 et 60).  

Cela les rend plus lentes à se décomposer, et demande aux micro-organismes de puiser de l’azote dans le sol et dans l’air. (jusqu’à un certain stade de décomposition où l’azote sera redistribué avec la mort des micro-organismes décomposeurs notamment, mais également leurs sécrétions)

Il existe également des feuilles mortes au ratio C/N équilibré.

« Les feuilles de platane sont assez carbonées« 

Des feuilles mortes équilibrées :

Les feuilles mortes de fruitiers (mais plus généralement les feuilles mortes à allure souple et fine) sont, en général, équilibrées concernant leur ratio C/N. (celui-ci est compris entre 25 et 30)

Elles se décomposent plus rapidement que les feuilles mortes carbonées. Mais surtout, elles ne vont pas inciter les décomposeurs à puiser l’azote disponible pour commencer leur décomposition. Adieu la potentielle faim d’azote !

« Ces feuilles tendres de cerisier sont riches en azote« 

Le paillage avec des feuilles mortes de noyer

Voilà une question très redondante parmi les jardiniers ! Tentons ensemble de démêler cet imbroglio 😉

Les feuilles de noyer sont peu voire pas toxiques ! Mais cela va dépendre de l’espèce de noyer et de sa teneur en juglone.

Il s’agit du composé « toxique » sécrété par les arbres de la famille des Juglandacées. Néanmoins toutes les espèces n’en contiennent pas la même quantité. Les espèces qui en concentrent le plus sont le noyer noir et le noyer cendrée.

Nos noyers communs sont parfois greffés sur des noyers noirs. Ainsi, il est possible qu’ils contiennent de la juglone en bonne quantité.

Néanmoins, nos noyers communs, Juglans regia, n’en contiennent que très peu ! Et sous les noyers, les graines germent sans souci…

« Un couvert végétal fèves/céréales dans une noyeraie à la ferme des Rochins »

Ainsi, vous pouvez tout à fait utiliser vos feuilles mortes de noyer en guise de paillage. Si vous doutez, laissez vos feuilles en petits tas pendant une partie de l’hiver. La juglone va se faire lessiver par les pluies et vous n’aurez plus de souci avec elle.

Si vous souhaitez prendre encore plus de précautions, gardez en tête que le principal problème de la juglone est son effet anti-germinatif. Ainsi, vous pouvez mettre ces feuilles aux pieds de plantes vivaces, déjà en place.

N’oubliez pas non plus que c’est la dose qui fait le poison ! Mélangez vos feuilles de noyer avec d’autres feuilles permettra de diluer les éventuels résidus de juglone… !

Vous l’aurez donc compris, les feuilles de noyer peuvent tout à fait s’utiliser en guise de paillage !

Nous vous laissons avec cette étude : http://www.omafra.gov.on.ca/french/crops/facts/info_walnut_toxicity.htm. Elle est partagée par le Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentaire et des Affaires Rurales du Canada.

Fermons cette parenthèse et revenons à nos moutons !

Cet article vous plaît ? Nous vous offrons un peu de lecture supplémentaire au travers d’un extrait gratuit de notre revue numérique 😀

Puis-je pailler avec des feuilles malades ?

Vous pouvez, tout à fait ! Les maladies des fruitiers notamment ne sont pas les mêmes que celles auxquelles les plantes potagères sont confrontées. Ainsi, la tavelure du pommier ne se transmettra pas à vos tomates par exemple !

Le combo gagnant

Du coup, normalement, si vous m’avez bien suivi jusque-là, vous devriez être en mesure de me dire, ce qui est le plus intéressant à mettre en place, en termes de paillage à base de feuilles mortes.

Alors, vous savez ? 😉

En fait, il y a deux possibilités de paillages, que je trouve intéressantes :

Un paillage de feuilles mortes équilibrées (fruitiers…) uniquement

• Ou un paillage de feuilles mortes carbonées mélangées à des matières organiques azotées (déchets de cuisine, par exemple : épluchures, tontes, …). Par souci d’esthétique, vous pouvez recouvrir les déchets végétaux des feuilles mortes. On peut aussi, pour faire baisser le C/N de nos feuilles carbonées, les laisser composter quelques mois avant de les épandre. 😉

Ces deux solutions permettent l’obtention d’un paillage équilibré.

Néanmoins, il faut noter que dans un sol vivant et actif biologiquement, les paillages de feuilles mortes carbonées ne créent pas toujours de faim d’azote. En effet, une fois les cycles naturels lancés, la machine est bien rodée ! Et le sol est suffisamment pourvu en azote pour rassasier les plantes et la vie du sol.

Ainsi, n’hésitez pas à pailler sans vous poser de question… Si vous sentez une faim d’azote au printemps, vous pourrez ajouter une poignée de sang séché par mètre carré ou de l’urine au printemps, lors du repiquage de vos premiers plants.

« D’accord, c’est super tout ça. Mais quels sont les avantages d’utiliser des feuilles mortes plutôt que de la paille ? ».

Le paillage à base de feuilles mortes : quels avantages ?

Si vous avez des arbres dans votre jardin, la question ne se pose même pas ! Vous avez des feuilles mortes, qui fonctionnent très bien en paillage ! Pourquoi se fatiguer à aller chercher de la paille ?

Il est aussi bien plus intéressant d’utiliser un matériau interne à votre système (les feuilles d’arbres), que d’importer un paillage externe à ce système-jardin ! Ceci dans le but d’avoir des pratiques de jardinage toujours plus écologiques.

Voilà, donc, si vous avez des feuilles mortes au jardin, n’hésitez pas 😉

En pratique : comment pailler son potager avec les feuilles mortes ?

Maintenant que vous en savez un peu plus les feuilles mortes et leur composition, passons à la pratique !

Tout d’abord, avant de pailler, aérez un peu le sol à la grelinette si ce dernier est compact.

Ensuite, avec les feuilles mortes entières ou broyées (le broyage est utile pour les feuilles mortes carbonées, car cela facilite le processus de décomposition), que vous avez éventuellement mélangées avec des déchets de cuisines (pour les feuilles carbonées, par exemple), vous pourrez couvrir généreusement les jardinières ou le potager.

Vous pourrez également couvrir le pied des jeunes arbres (en faisant des monticules de feuilles mortes autour du pied).

Et voilà ! Votre potager est fin prêt pour passer l’hiver au chaud, et se réveiller tout vigoureux, aux premiers chants d’oiseaux du printemps.

Néanmoins, gardez à l’esprit que le paillage est un isolant : il ralentit le réchauffement du sol au printemps. Sur certains sols lourds, la différence est flagrante ! Ainsi, certains jardiniers découvrent leur sol au printemps pour les cultures primeurs. C’est à vous d’arbitrer selon vos besoins et votre contexte.

Enfin, dernier conseil : les feuilles mortes sont très volatiles. Nous ne les utilisons plus pour pailler de jeunes semis : ces derniers étaient constamment recouverts par les feuilles au moindre coup de vent, ce qui limitait la levée de nos cultures !

Conclusion

Les feuilles mortes sont une ressource précieuse !

Ne brûlez surtout pas vos feuilles mortes : utilisez-les en paillage ! C’est un trésor, pour préparer votre potager à passer l’hiver. Compostées, ces dernières se transforment en un véritable compost, très intéressant pour le jardin.

Le paillage hivernal est bénéfique pour le jardin

Un paillage hivernal permet de :

• conserver une chaleur relative au niveau du sol.

• limiter le lessivage des éléments minéraux par les pluies.

• conserver un bon taux d’humidité.

• limiter la poussée des adventices.

• créer une protection contre les rayons du soleil,

• et d’apporter de la matière organique décomposable au niveau du sol, en l’enrichissant.

Tous ces bénéfices en amènent d’autres, comme la favorisation de la micro et macro faunes, et la favorisation de la présence d’insectes auxiliaires, entre autres…

Se rapprocher toujours un peu plus de la nature !

Les feuilles mortes, éléments produits par le système jardin (et donc interne à ce dernier), constituent l’élément de paillage évident. Surtout lorsqu’on a la chance d’en avoir !

Les utiliser en paillage, c’est perpétuer le cycle naturel des écosystèmes forestiers sauvages, où la place de l’arbre est centrale. Notamment pour pour la vie, le développement, voir la survie, de la faune et flore autochtone.

On choisira de préférence de composer avec ces feuilles, voir d’autres éléments organiques (déchets végétaux), pour tendre vers un paillage équilibré dans son rapport C/N.

Vous en savez maintenant un peu plus l’utilisation des feuilles mortes en paillage ! Si des questions subsistent, n’hésitez pas à les poser en commentaire.  

Pour aller plus loin, voici une vidéo sur le sujet des feuilles mortes au jardin, réalisée par Le potager d’Olivier.

Cet article est coécrit en partenariat avec Robin du blog Springday.

Robin, sur son site Springday.fr, vous partage une vision critique des conseils de jardinage en permaculture, appuyé, tant que possible, par des études scientifiques. Il se spécialise surtout sur la gestion des petits ravageurs du jardin, notamment des limaces.

Visiter le site de Robin : https://springday.fr/

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